XXY

Vanves (Hauts-de-Seine) • Vendredi 7 mai 2021, 19h30
XXY

Crédits : Clotilde Rullaud

« J’aimerais que chaque personne du public plonge dans un rêve, une transe hypnotique, une dimension parallèle, un bain d’émotions, qui lui permettent de voir le réel différemment, d’appréhender l'invisible et par touches sensibles le Féminin - son Féminin - sous un autre angle. » raconte Clotilde Rullaud

En 2018, cette créatrice singulière présente son premier moyen métrage de création XXY [ɛks/ɛks/wʌɪ], expérimentation sensitive interdisciplinaire qui a fait l'objet de sélections dans plus de 20 festivals de films internationaux et a reçu 5 prix et nominations.
Aujourd’hui, dans sa continuité, elle prépare XXY une œuvre totale pour dix interprètes, une réflexion interdisciplinaire sur le Féminin au-delà du Genre.

C’est l’occasion pour Clotilde, ici également interprète, d’incarner au plateau sa réflexion sur le Féminin au-delà de nos enveloppes corporelles de Femme ou d’Homme. Confrontée au sexisme développé par une société dualitaire qui divise et oppose, une société qui a fait de Violence, Domination et Profit ses principaux générateurs de valeurs, elle interroge la potentialité de déplacer notre regard pour déconstruire ces systèmes et en ériger de nouveaux qui valorisent notre puissance d’être dans un échange collectif bienveillant et émancipateur à l’image du Vivant.
Envisager une révolution des symboles qui s’opère dans nos esprits et dans nos corps et qui nous propose une autre définition du Masculin qu’une sècheresse virile et dominante issue d’une déchirure imposée d’avec le Féminin ? Réveiller la mémoire d’un Féminin universel et multiple ? Libérer le Féminin en chaque être humain ?
Clotilde questionne la possibilité d’un « homo-supra » qui se serait ré-approprié ses deux moitiés que sont le Féminin et le Masculin, l'Anima et l'Animus, le Yin et le Yang, le Gu et le Ru. Elle dessine les contours d’une humanité réintégrée dans sa plénitude alliant individualité et universalité / sensibilité et intelligence / intuition et raison / corps et esprit / action et compassion / ombre et lumière / être et néant / vie et mort.

XXY se présente comme une pièce visuelle, chorégraphique et musicale. Les corps de 5 danseurs de danses urbaines et notamment hip-hop et Afro pop sont chorégraphiés par Mehdi Diouri et Céline Tringali (Cie MehDia, Cie Käfig-Mourad Merzouki). En miroir des 5 musicien.ne.s au plateau, ils incarnent les pulsations et les vibrations de la musique transe poétique de Grégory Dargent (H, L'Hijaz'Car, Houria Aïchi, Manu Théron, Babx). Leur correspondent les corps dansants de femmes, images du film projetées en un décor vivant, expression d’un autre état d’être.
Toutes ces formes sonores et corporelles qui naissent et meurent en permanence, dressant leur présence dans l'absolu instant, évoluent dans le contexte immersif des théâtres d'ombres de la plasticienne Anne Mars révélés par les lumières de Gerald Karlikow (Fondation Cartier, Martha Graham). Dans un décor de structures d’échafaudages et de voiles, elles se jouent de la polarité, de l'espace et du temps en des mouvements pendulaires. Transmutations d'un réel, elles en dessinent les autres contours.

« J’ai choisi de ne pas utiliser de mots. Du fait de la subjectivité même du signifiant, tout langage comporte une part d’approximation dans l’espace induit entre signifiant et signifié. Il me semble qu’en ce sens les mots nous trahissent en nous disant plus qu’ils ne disent le propos. Par ailleurs, l’utilisation des mots implique le choix d’une langue qui nous éloigne un peu plus de l’universalité en introduisant la subjectivité culturelle. Enfin langue et langage amènent la dimension analytique au premier plan. Or, il est essentiel à mes yeux que le public aborde l’œuvre par sa dimension affective et sensorielle avant d’entrer dans l’analyse, comme dans un rêve que l’on vit avant de l’analyser.
L’idée n’est pas de réinventer nos systèmes de croyances au plateau. Il s’agit au contraire de plonger dans le réservoir des symboles de l’âme collective, de surexposer la constance de nos systèmes d’antagonismes dans un hyperréalisme aveuglant. C’est en soulignant les dualités révélatrices de notre inconscient culturel et subjectif en matière de Masculin et de Féminin, qu’on peut s’en affranchir et amorcer un dialogue fécond qui réalise l’union de nos moitiés d’être.
Décentrer notre regard, envisager les contraires comme les degrés d’un même état d’être, et par un mouvement perpétuel d’oscillations pendulaires flirter avec ce point d’union du néant total et de l’être absolu, avec la plénitude de la vie, équilibre éphémère et éternel à la fois. » explique l’artiste.

XXY est donc une pièce muette mais une polyphonie interdisciplinaire, un empilement de sensibles qui exaltent les émotions du public et questionnent. Les ombres, la musique, le mouvement et les images sont les vecteurs du sens. Chaque discipline artistique décline les attributs conventionnels du Féminin et du Masculin et dit sa partition indépendamment des autres. Lorsqu’elles se rencontrent au gré des « synchronismes accidentels », émerge une nouveau regard qui jette les bases d’une révolution symbolique.

Mots-clés :
interdisciplinaire pluridisciplinaire genre féminin danse musique Vidéo

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