Conférence " LA COLLINE ET L'HORIZON "

Rennes (Ille-et-Vilaine) • Jeudi 19 janvier 2023, 18h00
Conférence " LA COLLINE ET L'HORIZON "

Crédits : ENSAB - Jean MAS - Ateliers 2/3/4/

PRÉSENTATION

LA COLLINE, ET L’HORIZON
Un nouveau sol édifié de la ville haute/
Habiter le Ciel

Pratique théorique
La conférence du jour, même si des thèmes de recherche
architecturale y seront développés, n’est pas celle d’un
chercheur, au sens scientifique du terme.
Pas de thèse ici développée, donc, si ce n’est celle du projet
comme connaissance, et celle d’une possible recherche
« par » le projet d’architecture, nécessairement inscrite
à mes yeux au cœur de l’enseignement de nos écoles.
Dans une contribution et un engagement permettant que
celles-ci puissent retrouver la place centrale que certaines
d’entre elles ont pu historiquement avoir dans des débats
théoriques essentiels sur l’architecture, débats non pas
réservés à un cercle universitaire ou académique limité,
mais bien partagés dans la société toute entière et visant
à la transformation effective de son cadre bâti.
Le travail présenté ici est donc avant tout celui d’un
architecte praticien, enseignant par ailleurs de longue date
– en France et à l’étranger - et ayant toujours revendiqué
au titre de cette expérience parallèle un engagement
dans une « pratique théorique » de l’architecture, traduite
dans plusieurs des divers projets rassemblés dans la
présentation de ce soir, qui chacun entendent contribuer
aux problématiques de la transformation de la ville sur
elle-même, plus particulièrement celle du territoire
métropolitain dans lequel ma pratique s’est historiquement
inscrite dans le temps.
L’émergence d’un grand « paysage » urbain
La croissance -planétaire- des aires métropolitaines
a historiquement conduit ces dernières décennies à la
recherche de nouvelles formes de densité urbaine, plus
ou moins cohérentes, auxquelles ont été nécessairement
associées une considération renouvelée de l’espace public,
de nouvelles formes d’habitat, en parallèle de la recherche
d’un nouveau rapport à la nature, autour de la question
plus globale de l’existence d’un grand « paysage » urbain.L’architecture est toujours aujourd’hui mise à l’épreuve de
nombreux questionnements et critiques, notamment pour
sa capacité – ou son incapacité – à mettre en œuvre cette
véritable transformation de la ville sur elle-même. Une
réflexion qui nous invite à aborder le territoire comme un
palimpseste, qui interroge nécessairement le paradigme
de la densité urbaine : celui de la juste échelle verticale
de la ville, de la décarbonation de ses transports ainsi que
de la désimperméabilisation et la renaturation de son sol.
Le projet de cette transformation, pour nous architectes,
ne peut être initié par un seul discours environnemental
de surface, mais bien par une vocation écosystémique plus
essentielle, attachée aux usages et aux pratiques de la vie
urbaine, à ses qualités et notamment à l’émotion durable
et à l’intensité de la vie sociale qui s’y attache.
Avec comme point de départ, pour nous architectes, celui
d’une foi renouvelée dans la capacité de notre champ à
re-initier cette transformation, nécessairement durable, à
partir d’un point de vue ici fondé sur sa stricte capacité à la
mettre en œuvre, par la discipline même de l’architecture
et ses savoirs-propres de projet, dans une démarche de
résistance « low tech », visant à transcender de façon
pérenne la vie de nos concitoyens : celle de la ville habitée,
à toutes échelles, de celle du territoire géographique
à celle de l’espace public de référence, de celle du
quartier à celle du logement lui-même. Dans un projet
où la question du paysage, nous le verrons, est abordée
en termes « d’infrastructure verte » ici historiquement
réinterprétée.
Ville haute/ densité Positive
Un paysage urbain « dédoublé »
Un concept de « ville haute » est donc aujourd’hui
interrogé, associé au récit d’un rassemblement de celleci « par la hauteur » dans le dédoublement de son sol
supérieur inscrit dans un grand « paysage » collinaire
– fractal/ unitaire et cohérent - édifié en réponse à une
forme « d’impensé » du ciel, ici habité dans sa profondeur,
offerte à tous sur l’horizon.
Une réinterprétation, à certains égards, du mythe épannelé
des jardins suspendus de Babylone et de sa contingence
poétique, mais dans une dimension ici publique et non
réservée, dans un usage partagé et transcendé de ces
nouveaux sols « élevés » de la ville.
Un tel projet, par nature associé à une recherche de
morphotypes urbains spécifiques que nous tenterons
de détailler, doit être susceptible de mettre en œuvre
-notamment par la hauteur, mais pas uniquement- une
densité nécessairement supérieure, étalonnée, variable
et directement corrélée à la densité des réseaux de
transports en commun décarbonés de la carte du territoire
métropolitain considéré.
Le double paradoxe de la densité
La question de la densité est traduite aujourd’hui dans nos
débats et dans nos projets par un double paradoxe.
Le premier voit prôner en théorie les vertus de celle-ci
au plan politique de l’écologie urbaine, mais voit dans les
faits triompher le mode campus (peu dense) en deuxième/
troisième couronne, dans une consommation sans limites
d’un territoire encore rural.
Le second paradoxe touche aux mécanismes-mêmes de
perception par le grand public des diverses formes de
cette densité, avec de grandes surprises dans les données
effectives enregistrées des chiffres de celle-ci: où l’on
doit constater que des métropoles parmi les plus denses
(Paris) sont en effet perçues – à tort- comme bien moins
denses que d’autres (Manhattan, NYC)
A partir de ce constat, notre recherche visera donc à ce
que la nécessité de cette densité supérieure, aujourd’hui
majoritairement rejetée a priori (parce que vécue comme
une oppression), puisse désormais être vécue positivement
dans sa perception :
- à la fois par une recherche phénoménologique au plan
des mécanismes de perception de ces formes urbaines,
autour des grandes questions des rapports archétypiques
entre le plein et le vide (pavillon/cour) et de la nécessité d’une
échappée en profondeur, associée au concept d’« intériorité
ouverte », ainsi qu’au dispositif classique d’épannelage.
Concepts à réexplorer à nouveau dans leurs aspects
morphogénétiques détaillés, à la suite des grandes
recherches contemporaines menées sur ce thème,
notamment celles de l’Îlot Ouvert de C. de Portzamparc,
ou encore celles de BIG en référence.
- mais aussi une densité désormais positive parce
qu’envisagée en tant que fusion ou concentration : une
densité synonyme d’intensité, valeur positive qui évoque
la force, les potentialités d’échanges, évoquée par les
penseurs contemporains à travers la notion de réseau,
celui où « l’être ensemble » est transcendé, à l’opposé du
« junkspace » de la marchandisation planétaire de nos
territoires mis en exergue par R. Koolhaas.
édifice-Colline, Ville-Colline(s)
Le rassemblement des différents projets présentés ici -
construits ou restés sous forme de recherche(s)- tentera de
faire émerger un fil conducteur : un possible concept de ville
colline(s), comme nouveau grand « paysage urbain » à édifier
« dans le ciel », lui-même basé à échelle de proximité
sur le concept d’édifice-colline, que de nombreux projets
contemporains ont tenté de réinterpréter, que nous
illustrerons.
Dans leur possible réinterprétation, un parallèle sera ici
aussi fait avec quelques projets et concepts emblématiques
de la modernité du siècle précédent, et la contingence
poétique qui leur est attachée.
Notamment le jalon historique majeur qu’a pu représenter
à l’époque le projet inédit du Carpenter Center, inscrit dans
le temple universitaire d’Harvard (Le Corbusier/1963), luimême associé à l’un des principes organiques majeurs du
mouvement moderne d’une autre nature de perception
des espaces, alors inédite, par le mouvement : celle de la
Promenade Architecturale.
Un projet de promenade haute, donc, étendue en cohérence
à l’ensemble du territoire de la ville vers les sommets
-publics- des collines/ édifices du grand paysage de la
métropole, rassemblant celle-ci autour de ce nouveau
« haut paysage » partagé dans le ciel, à l’horizon des
collines.

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Mots-clés :
ENSAB ARCHITECTURE

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