L'OMELETTE AUX CHAMPIGNONS

Paris (Paris) • Jeudi 13 novembre 2025, 15h00
L'OMELETTE AUX CHAMPIGNONS

Et si les wokes étaient les potiches du monde contemporain ? Et si les bobos écolos, queer, minoritaires, étaient les dindons d’une farce capitaliste, de plus en plus excluante et discriminante ? Que resterait-il alors de nos révoltes ?
Avec L’omelette aux Champignons, le duo Claire&Mélanie, accompagné de l'universitaire spécialiste du boulevard et de l’humour Nelly Quemener, revisitent le classique “Potiche”. L’omelette aux Champignons propose un voyage en petite bourgeoisie woke et bohème et interroge avec drôlerie et tendresse les contradictions qui la façonnent. Là où le boulevard fait de l’ordre social et genré le ressort du récit, la pièce met quant à elle en échec la bien-pensance progressiste et l’individualisme néolibéral, montrant la part d’artifice et de performance sociale qui les composent. Dans un monde aux prises avec le spectre d’une destruction massive et du dérèglement climatique, la pièce donne à voir des personnages qui trébuchent, se perdent et s’accrochent à leurs idéaux pour contrer un sentiment d’impuissance partagé. Par le biais de la prise du champignon psychédélique dans sa tradition politique d’altération des perceptions, ils retrouvent du sens et le désir d’une tentative de production d’un horizon nouveau.
LE PITCH
Claire & Mélanie tiennent l’entreprise familiale MOULINAX, leader du marché des sex toys en latex moulés à la main. Elles ont une fille Anaïs, qui traverse leur vie en lançant des slogans décoloniaux et féministes. Mélanie pédégère aux dents longues, veut développer l’entreprise à l’internationale avec un nouveau label écolo « un plug acheté, un arbre planté ». Elle invite donc un soir Mr Chouilloux, lobbyiste et start-upper détenteur d’un brevet de fabrication de sex toy bio, et Brigitte sa femme, grande bourgeoise, sénatrice de droite. Claire, œuvrant au SAV « bien-être et care » de l’usine, est envoûtée pat Brigitte et Mélanie, sous l’influence capitalistique de Chouilloux opte pour une direction de l’usine plus autoritaire. À l’usine, la cadence de production augmente, non sans mal : galvanisé·e·s par Anaïs convertie au syndicalisme, les ouvrières et ouvriers déclarent la grève. Mélanie est désavouée. Elle cède à place à Claire, qui voit dans cette nouvelle fonction l’opportunité de réaliser son utopie de toujours, celle d’un monde bienveillant, fait de soin aux gens et à la terre. Claire et Mélanie se confrontent toutefois à un événement inattendu – un champignon a envahi les forêts d’Amazonie et est en passe de détruire la plantation de latex bio. Au même moment, Anaïs, annonce son asexualité. L’univers de Claire et Mélanie s’effondre. Leur couple résistera-t-il à ce nouvel assaut ? Et qui va reprendre les rênes de l’usine ?

Avec L’Hamlet aux champignons, Claire et Mélanie souhaitent renouer avec les grands numéros d’acteurices propres au théâtre de boulevard, dans la lignée de Jacqueline Maillan, Maria Pacôme, soulignant la vitalité, la précision et la rigueur qu’exige ce registre théâtral.

La pièce repose sur les fondamentaux du genre : une intrigue, des dialogues ciselés, une mécanique comique implacable et un rythme soutenu. Elle revendique le plaisir du jeu, l’éclat du verbe et la virtuosité d’interprétation qui caractérisent les grandes comédies de boulevard.

En détournant les codes du vaudeville — quiproquos, masques sociaux, jeux de séduction et faux-semblants — la pièce transforme ce genre traditionnel en laboratoire critique de notre milieu, la bien-pensante gauche “éclairée”. Ce boulevard devient le miroir d’une société où la mise en scène de soi et la performativité des identités dominent les rapports humains. Le comique et la surenchère servent à révéler le tragique de notre époque perfusée au capital : tout est récupéré, les luttes, l'humour corrosif, l'esthétique des minorités… Dans une époque où chacun joue un rôle, oscillant entre facticité et sincérité, que reste-il de nos révoltes ?
Le moment clé de la pièce — l’irruption du champignon hallucinogène — marque un basculement libérateur : au lieu de rétablir l’ordre comme dans le vaudeville classique, il introduit le chaos joyeux, la désorganisation des rôles et l’ouverture vers d’autres possibles. Ce déraillement final symbolise la désinhibition du social, une reconquête du désir et du vivant.

Autres événements à Paris