Les pères ont toujours raison

Paris (Paris) • Mardi 14 novembre 2023, 12h00
Les pères ont toujours raison

Lecture / Performance de et par Bernard Bloch
"Heiner Müller est à mon sens l’un des auteurs les plus marquants de la fin du XXème siècle, un poète dont la voix singulière et iconoclaste nous manque, un visionnaire dont les intuitions provocatrices se révèlent aujourd’hui d’une inquiétante pertinence.
Il se trouve qu’entre 1982 et 1995, je l’ai rencontré à quatre reprises. Deux fois chez lui à Berlin : en août 1982 et en décembre 1989, quelques semaines après la chute du mur. Et deux fois à Paris, en 1987 et en novembre 1995 quelques semaines avant sa mort. Ce sont ces quatre rencontres, fondatrices pour moi, que je réinvente dans ce texte dont le héros visible est Heiner Müller et le hidden hero, mon propre père.
Mon père, comme Müller, est né allemand. Et il partageait avec lui, outre un goût immodéré pour les cigares, une tendance irrépressible à l’ironie. Une ironie souvent cinglante et sans doute plus sombre chez mon vrai père que chez le faux, tant elle était nourrie par le souvenir des persécutions que son pays natal lui avait fait subir : il en a été chassé parce que juif, à 23 ans, en 1934.
Et quand le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989, alors que dans le monde dit libre, nous nous félicitions toutes et tous de l’avenir radieux !?... qui nous attendait, mon père - qui n’avait pourtant aucune sympathie pour le régime communiste - a fait ce sombre commentaire : "maintenant ils vont revenir". De quels « ILS » parlait-il ?
De génération en génération, et pour la mienne tout particulièrement - j’avais 18 ans en 1968 –, c’est l’idée selon laquelle « les pères ont toujours tort » qui semblait l’évidence. Ma pièce (dont le titre est volontiers provocateur) interroge la relation que nous entretenons – ou n’entretenons pas - avec le savoir et les expériences de nos pères.
En tant qu’artiste et en tant qu’homme deux tropismes me mettent en mouvement : ma judéité paradoxale de juif athée et mon questionnement existentiel sur le projet communiste. En tant que juif laïc, une égale empathie m’habite pour les Israéliens et pour les Palestiniens et l’impasse dans laquelle le conflit israélo-palestinien se vautre me désole. En tant que sympathisant communiste, dévasté par le désastre des expériences qui ont été tentées en son nom, je me sens orphelin d’une pensée de l’égalité qui ne soit contradictoire ni avec la liberté ni avec la fraternité.
Dans Les pères ont toujours raison, mes deux pères, le réel et le symbolique, sont à eux deux une métaphore de ces deux tropismes.
Le spectacle sera créé le 16 avril 2024 au Théâtre national du Luxembourg, en version française et en version allemande.

Texte et mise en scène Bernard Bloch
(les extraits choisis de Heiner Müller sont traduits par Jean Jourdheuil et Heinz Schwarzinger)
Musique originale Pascal Schumacher
Scénographie et costumes Raffaëlle Bloch
Traduction allemande Florian Hirsch
Version française
Le conférencier Bernard Bloch
Version allemande
Der Vortragende Marc Baum
Pianiste Chiahu Lee
PRODUCTION, en cours : Le Réseau (Théâtre), Théâtre National du Luxembourg,
La Filature Scène nationale de Mulhouse

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