Diptyque Pinter: L'Amant et Ashes to Ashes

Paris (Paris) • Jeudi 26 octobre 2017, 16h00, 17h00
Diptyque Pinter: L'Amant et Ashes to Ashes

"Nous avons souvent entendu ce vieux cliché usé: 'le manque de communication'... et on l'applique avec une certaine insistance à mes pièces. Moi, je crois le contraire. Je crois que nous ne communiquons que trop bien, dans notre silence, dans le non-dit, et que ce qui se passe est une continuelle évasion, un combat désespéré d'arrière-garde pour nous protéger. La communication fait trop peur. Entrer dans la vie de quelqu'un d'autre est trop effrayant. Révéler aux autres notre pauvreté intérieure est une possibilité trop terrifiante." HP, 1962

Pinter est le maître du non-dit et du silence qui parle.

Après Le Monte-Plats et Trahisons, je continue mon exploration de l’œuvre de Pinter en français. Avec chaque pièce j’établis une nouvelle adaptation en collaboration avec les acteurs. En cherchant l’équivalent français des mots de Pinter, nous cherchons à reproduire non seulement le sens exact des mots mais aussi l’effet qu’ils produisent : il faut tenir compte des sons, du ton, des allusions, de l’humour, des échos, des leitmotivs. Il faut tenir compte de ce qui n’est pas dit. Ce travail à table est un préliminaire précieux qui aide les acteurs à incarner les personnages, à trouver leur logique, à saisir leurs motivations et à s’approcher de leur essence. Ensuite le travail sur le plateau prolonge cette recherche jusqu'à ce qu’on trouve les positions, les mouvements, les attitudes, les intonations justes et qu’on puisse commencer à « débroussailler » : à éliminer tout ce qui est superflu.

L’écriture de Pinter est essentiellement dramatique : même dans les échanges les plus apparemment banals (comme ceux de Richard et Sarah au début de L’Amant) il y a une tension dramatique qui sous-tend la situation et retient l’attention du public. Pinter réduit le drame à son essence : deux personnes dans une pièce, deux volontés qui s’affrontent. Spectateurs, nous avons envie de savoir ce qui va se passer. Il crée du suspense à partir du quotidien. Et à partir de ces situations de base il interroge notre façon d’être, dans le monde dans lequel nous vivons. Sans en avoir l’air, il fouille dans nos âmes et expose nos faiblesses, nos peurs et nos violences.

Les répétitions d’une pièce de Pinter sont une série de découvertes. Les acteurs se surprennent à trouver des liens souterrains entre tel et tel moment. On ne sait pas toujours les détails biographiques des personnages, mais si on cherche bien on trouve des indices qui nous aident à les comprendre, à saisir leurs impulsions, à appréhender leurs réactions. Car comme les personnages de Shakespeare et de Tchekhov, les personnages de Pinter sont profondément humains.

De nombreux théâtres ont souhaité associer Ashes to Ashes à d'autres pièces courtes pour faire une soirée plus longue mais Harold a toujours refusé. Il m'a dit qu'il a fait une seule exception à cette règle, je crois que c'était en Pologne : il a permis à une troupe d'associer Ashes to Ashes à L'Amant.

Le couple de L’Amant vit dans une sorte de cocon. Le monde extérieur représente une menace dont ils se protègent en jouant eux-mêmes les rôles d’amant et de maîtresse. Ce jeu de rôles crée néanmoins des tensions qui menacent l’équilibre instable du couple mais Richard et Sarah réussissent à réinventer leur couple et à le rendre vivable.

Ashes to Ashes commence avec l’évocation par Rebecca d’un amant qu’elle dit avoir connu par le passé. Devlin se sent menacé par cet homme, même si la réalité de cette liaison reste douteuse. Devlin essaie de rationaliser ce que lui dit Rebecca, qui semble happée par un flot d’images venues de l’extérieur. Rebecca s’identifie aux victimes des atrocités de ce monde. A cause de cette empathie le cocon du couple s’écroule. Devlin résiste comme il peut mais il perd Rebecca en s’identifiant finalement avec le tortionnaire dont elle lui parle. Le chaos extérieur envahit leur intimité comme un vent froid qui pénètre les murs de leur maison brusquement fissurés de partout.

L’Amant est un classique moderne, qui peut intéresser un public large comprenant des groupes scolaires. On peut espérer qu’après avoir vu L’Amant, bon nombre de spectateurs voudront aussi découvrir Ashes To Ashes, pièce moins connue, plus difficile à suivre, plus dure, mais qui complémente L’Amant et qui apporte un autre regard, plus exigeant, plus moderne, sur le rapport du couple avec le monde extérieur.

https://www.youtube.com/watch?v=jWh42LbvdKs

http://mitchhooper.com/lamant-et-ashes-to-ashes/

https://www.youtube.com/watch?v=1MVfr3fvXKo&feature=youtu.be

Mots-clés :
Pinter couple holocauste Body and Soul Hooper

Autres événements à Paris