Clôture de l'amour

Paris (Paris) • 16 mai - 14 juin 2026
Clôture de l'amour

Crédits : Pauline Roussille

J’écris Clôture de l’amour pour Stanislas Nordey et Audrey Bonnet. C’est
Stanislas Nordey qui m’en a parlé en premier. Qui m’a dit : « J’aimerais
un jour jouer dans tes pièces ». J’ai dit OK. J’ai dit j’ai une idée de
séparation dure. Une séparation dure entre quelqu’un de ton âge et une
jeune femme aussi de ton âge. J’ai dit je voudrais que ce soit Audrey Bonnet.
Il a dit « J’aime beaucoup Audrey Bonnet ». Alors j’ai dit demandons
à Audrey. Audrey a dit « oui ». J’écris pour Stanislas Nordey. J’écris
pour sa manière de projeter les mots. Cette manière articulée de dire
la langue Française. Cette manière unique de faire du langage une respiration
entière du corps. Le corps respire chez Stanislas Nordey. Chaque
mot devient - de la première lettre à la dernière - un monde abouti et
plein. Ce sont des couteaux. Des lames brillantes préparées. Enclenchées.
Armées. Soigneusement rangées. Prêtes à être sorties en ordre. Des mots
dans l’ordre : dans leur aspect premier, secondaire, tertiaire. En toute
objectivité frontale et froide. Là, devant la bouche. Portés par la puissance
nerveuse et sèche du corps. Le corps est sec. Précis. Méchant. La
bouche est mobile, insatisfaite, aigre. Les yeux accompagnent une sorte
de panique qu’on ne voit pas s’interrompre. Un étonnement. La main, puis
les mains, prolongent l’idée. Les sortent du corps à la manière de phylactères
rétifs, froids ou soudain incendiés. Le corps est le support. Il
porte en son entier la diction. Il est diction à vrai dire. Rien n’est
jamais satisfaisant dans l’élocution. Rien. On le voit bien : les mains
, la bouche, les yeux, les jambes – ce ballet dur - cherchent, avancent,
repartent, rentrent, sortent, re rentrent, re sortent ( ne glissent jamais
: jamais ) vont devant, vont loin ( sur le plateau là-bas), au sol – surtout
au sol – en haut ( majoritairement en haut mais plus à l’horizontal
net du sol ) tancent, exaspèrent, recommencent (ne battent pas en retraite
: jamais ) recommencent encore : ça y est le sens est là. Le sens est là.
Devant. Devant nous. On a suivi le sens depuis l’intérieur du corps de
Stanislas Nordey ( il était dans la bouche, il était sur les mains, on
l’avait vu dans les jambes, la poitrine ) maintenant le sens est là depuis
l’intérieur du corps jusque-là devant nous. Matériel. Pas rigolo. Brut.
Comme ça tiens le sens il n’y a pas de problème il est là réel pas rigolo
il est là tiens prends le sens. Cela est une masse. Du début à la fin. A
fragmentation en plus. Pour causer de justes dommages à la tête.
J’écris pour ça. Pour ça chez Stanislas.
J’écris pour Audrey. J’écris pour le corps d’Audrey. Pour cette courbe
fine du haut en bas qui écoute. Audrey écoute. J’écris pour cette écoute
puis pour ce corps courbe et fin qui s’est tu et puis parle. Alors quand ça
parle ça parle droit dur et en tessiture medium-grave. Parfois ça grimpe
des sortes de courbes inattendues dans le registre haut et puis ça oblique
en piqué vers le bas hyper rapide.
Et puis ça s’arrête. Et ça écoute à nouveau. Et c’est le silence. Le corps
qui attend. Il respire. Il respire depuis le début ça c’est sûr. Mais il
attend. Il sait comme personne le corps d’Audrey Bonnet le créer le silence.
Dire eh alors ? D’avoir l’air soudain super actif dans l’immobilité
totale. Presque débile. Façon idiot du village. Je suis là. J’emplis ( par
mon silence ) ton espace. J’attends.
Et je reprends. Les mots sont ronds. Plats. Les mots sont plats et épineux.
Des fois totalement abandonnés devant elle parce que le doute est
dans le sens. Le doute prend le sens. Le sens est remis en doute devant la
bouche comme des poissons morts dont on regarde la fraîcheur dans l’oeil.
Tu es vivant sens ? C’est quoi ton verso ? Il est où ton recto ? Hello ???
Ca commence où il paraît ? Ca va à quel endroit ? Il y a ça dans le jeu
d’Audrey Bonnet : une incrédulité. Un effarement. Une écoute qui écoute le
brut, le direct, le matériel, le pas rigolo et qui dit : ah bon ? Ah bon
? Et ça recommence à la manière du combattant immobile Audrey Bonnet ça
recommence ça rattrape les mots directs, bruts, matériels, métalliques,
pas rigolos d’avant et ça les saisit et ça les regarde comme des poissons
morts pour voir si la vie est encore dedans si l’amour (clôture de
l’amour) est bien mort.

Mots-clés :
Clôture de l'amour Stanislas Nordey Pascal Rambert Audrey Bonnet

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