Soirée de restitution projet Convoi 77
Palaiseau
(Essonne) •
Mardi 2 juillet 2019, 20h00
Crédits : Noa Cassuto Herstein
Les chemins de la Résistance juive, sur les traces de Léo Cohn, en quête d'HistoireS
Il existe de nombreux écrits sur Léo Cohn. Sa grande culture religieuse, son engagement politique, et son charisme ont profondément marqué ceux qui l’ont côtoyé. Tous évoquent l’empreinte qu’il a laissée au sein des E.I.F (Éclaireurs Israélites de France) auquel il a donné une nouvelle spiritualité (parfois nommée « Léohassidisme »)
Ce projet a été mené dans le cadre du projet européen Convoi 77 dont le but est de faire rédiger par des élèves l’ensemble des biographies des personnes déportées dans ce dernier grand convoi parti vers Auschwitz, le 31 juillet 1944. S’il s’agit bien d’un travail d’enquête historique, la finalité de ce projet était également et avant tout pédagogique. Le but était de sensibiliser des élèves d’une classe de troisième (14-15 ans) à la Shoah grâce à ce projet mené en interdisciplinarité Histoire /Français/Arts Plastiques et Éducation musicale. Nous voulions que les élèves prennent conscience de la nécessité d’un travail sur les archives pour l’historien en quête de « vérité » et qu’ils restituent leurs recherches à travers l’écriture biographique. Faire rédiger par des adolescents la biographie de Léo Cohn, quel plus bel hommage pouvions-nous lui rendre ? Lui qui a consacré la plus grande partie de sa courte existence aux jeunes.
Toutes les biographies et tous les essais biographiques qui évoquent Léo Cohn sont principalement centrés sur son travail au sein des EIF. Nous avons donc cherché des documents d’archives datés d’avant son entrée aux EIF et travaillé sur les témoignages (des enfants de Léo Cohn, mais aussi de Daniel Urbejtel déporté par le Convoi 77) afin que les élèves puissent écrire une biographie qui ne soit pas une compilation des écrits déjà publiés. Tenant compte des expériences menées les deux années précédentes, nous avons décidé de mener le projet dans le même cadre : en laissant les élèves libres de choisir la forme de la biographie .
Un travail artistique centré sur ce projet a été mené tout au long de l’année avec deux artistes professionnels. Didier Lesour, comédien professionnel, a animé un atelier de pratiques théâtrales (2 heures hebdomadaires). Il a écrit et mis en scène avec les élèves une pièce de théâtre autour du projet. Caroline Cassel a animé un atelier de créations plastiques. Une troisième artiste Nathalie Bondoux, conteuse a animé trois séances centrées sur l’écriture de la biographie. Sebastiano d’Ayala Valva a réalisé un documentaire de ce projet.
Le tout est de tout dire et je manque de mots Paul Eluard
Un homme : Léo Cohn. Comment dire ce qu’il était ? Ce qu’il a laissé ? En écrivant ? En jouant ? En chantant ? Bref, en l’imaginant ? Car c’est de ça qu’il s’agit, au théâtre. De raconter une histoire. Comme les enfants : « on dirait que … », « Si on jouait à … ». Et ce faisant, rien n’est plus sérieux. Cette histoire là rejoint l’autre, la vraie, l’Histoire avec sa grande Hache. Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : on ne « joue pas à » Drancy, on ne « joue pas à » Auschwitz, on ne fait pas « comme si ». non, le jeu ne concerne que la mémoire comme il peut y en avoir dans des rouages. Et c’est ce « jeu » de la mémoire qu’on essaie de montrer, de mettre en scène. Sur un plateau de théâtre. En ajustant (ou pas) les pièces (qui « jouent » aussi) dont on dispose : des témoignages, des documents, des enregistrements. A la recherche non pas d’une vérité, mais de soi-même (à travers l’image de Léo Cohn), comme fait chaque élève finalement au cours de sa scolarité, pour devenir « un homme, tout un homme, fait de tous les hommes, et qui les vaut tous, et que vaut n’importe qui » (Jean-Paul Sartre, Les mots). Didier Lesour, comédien
Travailler sur la mémoire, autour d'une biographie, et plus particulièrement sur des images et des textes d'archives, pose des questions : Comment trouver une distance critique pour aborder des sujets où le politique et l’histoire sont étroitement liés ? Comment questionner le temps et la disparition ? Comment penser et créer une œuvre d'art ? Comment s'approprier une histoire personnelle et singulière ?
Nous avons d'abord regardé le travail de divers d'artistes : Gerard Richter, Christian Boltanski, Jochen Gerz). Nous nous sommes dirigés vers des pratiques proches de ces artistes, effacement/dévoilement, absence/présence. En partant de la contrainte des images et des outils les élèves ont trouvé des moyens personnels pour exprimer leurs ressentis sur Leo Cohn. Ils ont découvert que c'est en enlevant ou gommant une partie de l'image (en marquant l'absence) que la présence se dévoile. Quand on travaille sur une biographie on se rend compte que la mémoire est faite de réel et de fiction, d'oubli et de persistance. Tout comme l'art, qui investit le réel et le transforme. Et que le plus important est en fait l'action de l'artiste, la création qui permet une renaissance.
Mots-clés :
Théâtre créations artistiques Histoire Mémoire
Théâtre créations artistiques Histoire Mémoire