Rencontres Jules Verne 2014

Nantes (Loire-Atlantique) • Jeudi 10 avril 2014, 10h00
Rencontres Jules Verne 2014

La problématique posée pour l’Edition 2014

Les sciences et les techniques concernent à présent tous les secteurs de la vie sociale, la production et la consommation des biens de tous ordres, l’information et la communication, l’éducation et la santé, la défense, les sports… Or, il semble bien que ce soit leur fantastique succès et le surcroît de pouvoir qu’elles procurent qui font problème aujourd’hui.

L’œuvre de Jules Verne, animée d’une inlassable curiosité pour les mondes connus et inconnus, se faisait déjà l’écho de ces ambiguïtés. Certaintes, à l’époque, peu de régions terrestres restaient encore à découvrir, mais les héros verniens se lançaient dans des « voyages seconds », des explorations scientifiques qu’elles soient géographiques ou naturalistes. De manière réaliste ou fantastique ils n’hésitaient pas à traverser tous les éléments : l’air et l’espace, les profondeurs de la mer ou de l’écorce terrestre et jusqu’au feu des volcans. Ils ne reculaient devant aucune réalisation technique, aussi prométhéenne soit-elle ; et chaque roman constituait une sorte de laboratoire où l’on expérimente les possibles. La logique de l’exploration était d’aller jusqu’au bout quoiqu’il en coûte, au mépris du risque pour soi et les autres. Surgit alors, de bien des récits, la question de savoir si tout le possible s’avère souhaitable, si la prudence ne commanderait pas de renoncer, si l’homme ne va pas trop loin.

Mais Prométhée a-t- il le sens des limites ? Faust ne guette-t-il pas la science en lui proposant un pacte diabolique ? Les chercheurs, les savants, jusqu’où iront-ils ?

Jules Verne soulève ainsi une question qu’il nous faut reprendre aujourd’hui, en ce début de XXIe siècle : jusqu’où explorer ?

La question en appelle au sens des possibles et à celui des limites.

Les communications se situeront dans cinq axes

1-Que reste-t-il à explorer dans les différentes disciplines scientifiques ou techniques ? Quelles sont les prochaines aventures à entreprendre, les possibles qu’ouvre l’état des recherches ? Que pouvons-nous espérer connaître et maîtriser demain ? Peut-on, et dans quel domaine précis, faire le partage entre réalisme et imaginaire, entre science et science-fiction ?

2-Tout le possible est-il souhaitable ? Au nom de quoi renoncer à l’exploration dans l’âge de l’expérimentation totale ? La question de la transgression se pose sans cesse, sans que l’on puisse d’ailleurs localiser précisément les limites à ne pas dépasser. Doit-on préférer l’ignorance au risque ? Quelle instance religieuse, politique, morale pourrait légitimement commander d’arrêter avant qu’il ne soit trop tard ?

3-Aujourd’hui l’idée de progrès qui sous-tendait la modernité se voit questionnée et quelquefois même suspectée. La conscience des risques que fait courir le développement scientifique et technique donne lieu à l’édification d’un certain nombre de principes, de responsabilité, de précaution, de « soutenabilité ». Que penser de cette prudence et des formes plus ou moins rationnelles qu’elle peut prendre ?

4-L’univers vernien multiplie les portraits d’ingénieurs. Les uns vont jusqu’au bout de la logique technicienne, sans trop égard pour ses conséquences fastes ou néfastes, comme le président Barbicane de la Terre à la lune et de Sans dessus-dessous. Ce sont les savants fous. D’autres refusent d’aller trop loin, comme Thomas Roch dans Face au drapeau, ou comme Marcel Bruckman, des Cinq cents millions de la Begum. Peut-on saisir dans le maximalisme vernien, prolixe en figures prométhéennes ou faustiennes, quelque chose comme une éthique des limites, un souci de la transgression ? Qu’en est-il dans l’ensemble de l’histoire ou de la littérature universelle ?

5-Le progrès des sciences et des techniques biomédicales tend à transformer radicalement les dimensions de l'existence humaine. Les spécialistes (généticiens, chirurgiens, etc.) peuvent-ils imaginer le futur de leur pratique ? L’exploration des possibles ne doit-elle souffrir d'aucune limite?

Le colloque se propose d’interroger l’exploration dans ses dimensions scientifiques et techniques, mais également fictionnelles telles que la littérature, le cinéma la met en scène. Le sens des possibles et celui des limites seront travaillés de plusieurs points de vue : philosophique, historique, sociologique, psychologique ou politique.

Mots-clés :
sciences savoir culture explorer limites

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