Juliette et Roméo sont morts

Montreuil (Seine-Saint-Denis) • 11 - 13 mars 2024
Juliette et Roméo sont morts

Crédits : Céline Champinot

Juliette et Roméo sont morts, pièce tout public, s’intéresse aux passions de l’adolescence. Elle est interprétée par deux actrices et un acteur de quarante ans qui se souviennent. Iels ont joué la pièce Roméo et Juliette à 14 ans et maintenant iels reviennent. De la distribution originale il ne reste qu’elleux trois. Trois jeunes premier.es qui auraient vieilli, hanté.es par l'intensité de leur jeunesse et par la partition shakespearienne. Ensemble, iels convoquent ses fantômes et les fantasmes qu’elle a imprimés sur leurs libidos d’artistes à mi-parcours.
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Intentions
Si Roméo et Juliette est une pièce d’amour mythique, c’est aussi l’histoire du suicide de deux adolescents de quatorze ans. Un suicide annoncé dès le début de cette pièce dont la mort est le principal motif. Comme si l’évènement de la mort qui pourrit la chair et celui de l’amour qui l’exalte étaient inextricablement liés. Histoire d’un suicide au nom d’amour ou histoire d’amour au nom de la mort, Roméo et Juliette s’érige en monument occidental de l’amour absolu.
Faut-il vouloir mourir pour pouvoir aimer ?
Si l’intensité des passions amoureuses rencontre celle des passions tristes, c’est que vivre le plus fort possible semble représenter dans nos sociétés la valeur suprême de l’existence. L’intensité est une puissance qui organise le monde occidental : y renoncer c’est renoncer à la vie, être obsédé par elle c’est courir à sa mort.
Pourtant dans ce même monde qui nous assigne à désirer la vie intense, nos passions singulières demeurent incomprises, méprisées, menacées par la norme et les valeurs chiffrées qui s’obstinent à vouloir les domestiquer. Ainsi, ce désir intense de perte qui hante nos adolescences n’est-il que passion morbide ou bien plutôt un sursaut défensif et vivace au sein d’un monde irrespirable obsédé par la conquête ?
Juliette et Roméo sont morts travaillera le point de contact entre la mise en scène du suicide adolescent par l’auteur de théâtre d’une pièce vieille de quatre siècles et le fantasme adolescent d’un suicide mis en scène : ses éternelles répétitions, ses adresses, ses visées, ses insondables motivations.
Cette pièce tout public s’intéressera donc aux passions de la jeunesse, à ses affects extrêmes, pulsions de vie et désirs de mort. Elle sera jouée par deux actrices et un acteur de quarante ans qui se souviennent. Iels ont joué la pièce à 14 ans et maintenant iels reviennent. De la distribution originale il ne reste qu’elleux trois. Trois jeunes premier.es qui auraient vieilli, hanté.es par la partition shakespearienne, ses fantômes et les fantasmes qu’elle a imprimés sur leurs libidos d’artistes à mi-parcours.
Amour, mort, théâtre. Au mitan de leur vie, iels se retournent sur leurs passions, et le souvenir des premières fois convoque l’approche des dernières fois. Pour qui n’a pas l’heur de mourir sur scène au faîte de sa jeunesse, comment souffrir le reflux de l’intensité ? Si l’amour fou immole, les passions inassouvies font-elles vieillir ?

« … Je radote. Oui c’est ça, je radote. Là je m’en rends compte. En cet instant je m’en rends compte. Je parle et tout en radotant, je suis en train de m’en rendre compte. Je m’en rends compte et ça me rend triste. Ou plutôt ça me coûte. Oui, cette répétition me coûte… »

En nous tournant vers notre propre adolescence, nous découvrons aussi que nous ne nous connaissons plus. Quand nous cherchons dans nos souvenirs les raisons de nos actes, de nos absences et de nos fureurs, c’est bien depuis nos quarante ans que nous formons nos interprétations et hypothèses. Comme si nos adolescences perdues devenaient nos propres enfants, comme si nous parlions de jeunes gens qui ne sont pas nous. C’est alors que nous apparaissent toute la méconnaissance et le surplomb, le sarcasme et le conservatisme dont nous sommes maintenant capables vis à vis des générations qui nous suivent. Les énigmes qu’elles sont pour nous, les miroirs menteurs qu’elles nous tendent et les obscurs jeux de masques que nous ne voulons surtout pas voir, de peur d’y lire comme une menace…

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L’Amour et l’Occident
Juliette et Roméo sont morts est la première pièce de notre cycle de création l’Amour et l’Occident, nommé d’après l’ouvrage de Denis de Rougemont.
Ce cycle s’intéresse à l’amour passion, à la maladie d’amour. Son enjeu est d’examiner ce qui nous meut politiquement, nos désirs d’avenir, à l’aune de notre rapport à l’amour.
Nous partons d’un constat : nos sociétés sont malades. Pourtant, alors même qu’elles sont menacées d’effondrement, voire d’extinction, alors qu’elles identifient très clairement le péril qui les guette, elles semblent incapables d’engager le mouvement qui les ramènera du côté de la vie. On dirait qu’elles ne veulent pas guérir, que nous ne voulons pas guérir. Et ce manque de désir
pour la guérison me parle de notre rapport à l’amour passion.
Dans les récits d’amour célèbres, la catastrophe semble toujours en ligne de mire et le bonheur des amants ne nous émeut que dans l’attente du malheur qui les guette. Aimons-nous souffrir ? Ou l’amour rend-il fou ? Sommes-nous des victimes ? Ou bien jouissons-nous de notre impuissance ?
Nos chansons d’amour fou, nos films romantiques, nos tragédies classiques, ces refrains tristes pour jeunes gens exaltés, nous informent à l’avance que l’amour a un prix : la passion torturante, l’attente infernale, la terreur de l’abandon…
De quoi sont faites ces oeuvres qui nous électrisent et nous rendent malades ? Et que nous font-elles ? Disent-elles quelque chose de notre rapport à l’obstacle, à la fatalité, à l’impossible ? Influencent-elles nos désirs, notre libido ?
Précisément, ce qu’on appelle libido est notre investissement du monde, ce sont nos perspectives d’action, de transformation du monde, en ce qui concerne l’érotisme, mais aussi toute activité mue par le désir. On peut en déduire que ce qui excite nos libido influence notre manière de penser le
monde et de l’agir. Ainsi, la fréquentation de ces oeuvres romantico-tragiques aurait-elle un impact sur notre activité politique ? Quel lien entretient-elle avec notre possible transformation du monde ou notre inertie ?
Quand la libido est atteinte, l’individu est malade. Notre société est malade.
Malade de ses histoires d’amour ?

Mots-clés :
itinérance adolescence création autrice

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