Les matériaux et la géographie de la sculpture, de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui 2/2

Lyon (Rhône) • Mercredi 26 juin 2024, 16h00
Les matériaux et la géographie de la sculpture, de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui 2/2

Si la matière est l’un des caractères constitutifs de la création artistique, elle oriente de façon particulière le champ de la sculpture. Le recours à certains matériaux, prisés à certaines époques pour des propriétés physiques particulières – tels les marbres de Paros dans le bassin méditerranéen à l’époque antique, ou celui de Carrare dans l’Europe des XVe-XIXe siècles, ou encore l’ivoire – a structuré de façon déterminante la géographie de la sculpture et a joué un rôle majeur dans la circulation des artistes et des savoir-faire.

Par le prisme des matériaux, des liens indissociables entre sculpture et géographie émergent donc avec clarté. Tout d'abord, les matières premières proviennent d'un écosystème donné. En outre, l’élément géographique conditionne la circulation des matériaux : le marbre est mieux transporté par voie fluviale et maritime. L'étude des matériaux va donc nécessairement de pair avec la géographie. Celle-ci n'est néanmoins pas comprise ici comme un facteur déterministe, qui oriente de manière contraignante les dynamiques historiques, artistiques et sociales, mais comme un élément qui conditionne les actions et que l'homme doit traiter de diverses manières.

Dans ce cadre, les matériaux et leur origine géographique jouent un rôle fondamental dans l'étude historique, artistique et sociale de l'artefact. L’un des premiers travaux d’envergure s’intéressant au marché des matériaux de la sculpture, Les maîtres du marbre de Christiane Klapisch-Zuber (1969) est issu de la recherche en histoire économique. L'Antiquité a été un champ d'expérimentation méthodologique important, car la pauvreté de la documentation écrite a stimulé les chercheurs à trouver ailleurs les sources pour étudier la sculpture : d’abord dans l’analyse des styles, liés aux écoles régionales (Ernst Langlotz, Frühgriechische Bildhauerschulen, 1927) ; mais par la suite, les analyses scientifiques de laboratoire ont de plus en plus fourni des informations fiables sur la provenance des matériaux (par exemple, les actes de l'ASMOSIA), ce qui a rendu plus complexe l’analyse. Le programme Albâtres (Louvre- LRMH-BRGM) montre le potentiel de cette approche pour d’autres périodes.

Comment les propriétés physiques et expressives de certains matériaux ont-elles orienté les choix des commanditaires et des artistes et contribué ainsi à la géographie de la sculpture ? Comment la géographie de la circulation des matériaux révèle-t-elle des dynamiques historiques et culturelles ? Quels problèmes méthodologiques ces dynamiques géographiques posent-elles à l'historien de l'art ? Comment les méthodologies traditionnelles de recherche en histoire de l'art, basées sur les sources écrites ou épigraphiques ou sur le style, peuvent-elles interagir avec l'analyse archéométrique ?

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