Métamorphose urbaine
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Mon fils
Un coup de téléphone vient annoncer la mort d’un certain Srul (qui est le prénom Yiddish d’Israël) à Pierre Lefrançois. Le défunt est en fait le père de Pierre. Les deux hommes se sont brouillés plus de 30 ans auparavant et ne se sont jamais revus.
Pierre est sommé, s’il veut bénéficier de l’héritage, d’aller veiller le corps de ce Srul. En plus de devoir porter une kippa, lui qui n’est pas juif devra également lire les mémoires de ce père, durant la veillée funèbre. Pierre et Srul seront réunis toute une nuit durant, dans l’appartement « paternel », les âmes des deux hommes en conflit évolueront vers une réparation commune, qui permettra au fils de comprendre qui il est, où il va, de faire le deuil de ce père qu’il n’a pas eu.
Pour le père il s’agira de réparer ses erreurs pour pouvoir quitter ce monde en paix pour ne pas être un dibukh (fantôme), damné, perdu pour l’éternité ayant fuit ses responsabilités de père et de vivant, par son retrait du monde.
Cette nuit sera celle de la transmission, de l’apprentissage, du deuil, de la résilience, de la réparation pour les deux âmes : tous les nondits et les noms-dits feront vivre les deux protagonistes dans un entre deux mondes, entre la vie et la mort, le rêve et la réalité. Comme on dit en hébreu l’chaim !!! À savoir : à la vie ! A celle de ce monde et à celle de celui à venir. Un lien de filiation post-mortem est-il possible avant que le jour ne se lève ?
La pièce abordera également la difficulté de vivre après la Shoah, pour cet homme ayant perdu toute sa famille dans les camps. Un voyage mystico psychanalytique en perspective.
Comment aborder les conséquences transgénérationelles de la Shoah ? C’est ce qui a alimenté mon écriture. Chaque génération reçoit l’héritage culturel de ses prédécesseurs, mais aussi ses traumas, ses non-dits, ses fantômes.
Petit-fils d’un survivant de la shoah ayant perdu toute sa famille dans les camps, jusqu’à être le dernier à porter son nom de famille, j’ai reçu cet étrange héritage. Ma famille a vécu avec ses fantômes et avec ses blessures qui aujourd’hui encore perdurent. Les derniers survivants de la shoah s’en vont peu à peu. Que reste-t-il de leur mémoire ? Comment continuer à la transmettre en réparant les morts ainsi que les vivants… ?
Les personnages de cette histoire représentent différents membres de ma famille existants ou ayant existés. J’ai écrit cette pièce en voulant partager mon ressenti de descendant de troisième génération, partager cette mémoire et ses blessures encore existantes sous son prisme contemporain. J’ai voulu dans ce texte aborder les difficultés et la culpabilité que peut éprouver un homme ayant survécu à la barbarie Nazie.
Comment peut-on vivre après ? Peut-on guérir ? Se reconstruire ? Fonder une famille ? Les pulsions de vie peuvent elles rétablir l’humanité sur les cendres de thanatos ? Peut-on accepter et vouloir mettre un être au monde dans de telles conditions ?
La pièce abordera également entres autres concepts, la laïcité, les judaïsmes, l’identité. Le texte alterne entre fiction, réalité familiale, et conte mystique.
Erwan Zamor Szejnok
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