Au cœur des ténèbres

Les Lilas (Seine-Saint-Denis) • 26 et 27 novembre 2021
Au cœur des ténèbres

Crédits : Mathieu Mullier-Griffiths

Un acteur, accompagné d’un musicien, nous raconte la remontée du fleuve Congo. Il nous laisse entrevoir les forêts profondes, l’arrivée des hommes blancs et leurs premières rencontres avec les peuples indigènes. Il nous ramène aux sources du racisme, qui se fonde toujours sur cette même conviction : les crimes commis contre les noirs ne sont pas réellement des crimes, car les hommes noirs ne seraient pas des hommes.

Formes fantomatiques, silhouettes des forêts, membres luisants qui courent dans les feuillages, les nègres et les négresses qui hantent ce voyage sont comme autant de silhouettes dont l’humanité est incertaine. C’est cette incertitude qui justifie les exactions commises : la mise en esclavage, les exécutions sommaires, les actes de profanation sur leurs dépouilles. La remontée du fleuve est jonchée de cadavres, tombés sous le fardeau qu’on leur impose, le front troué d’une balle ou la tête coupée offerte aux charognards. Meurtres de masse qui s’accomplissent sans le moindre remords ni la moindre question, car ce n’est pas un crime de passer le licol à une bête et de la mener à l’abattoir quand elle n’est plus utile.
Quant aux criminels, que reste-t-il de leur humanité ? Ce ne sont plus réellement des hommes eux non plus. Des blancs que nous voyons agir et commercer comme de sinistres marionnettes que seul le mot ivoire et le mot profit animent encore. Le mot capitalisme n’est jamais prononcé mais c’est bien lui qui trône sur ces charniers comme sur les marionnettes assassines.
La collecte de l’ivoire réclame l’exploitation des hommes, mais également la mise sous tutelle des forces naturelles : dans ces grands espaces vierges monte la fumée noire des premiers vapeurs, qui ramènent en fond de cale toutes les ressources naturelles disponibles, à commencer par celle de l’ivoire. Autant de prémices qui nous laissent entrevoir les catastrophes écologiques à venir.
L’homme aurait pu rencontrer l’homme, au sein d’une nature sublime et inconnue, mais c’est leur mort commune qui se réalise. La mort physique des hommes noirs et la mort spirituelle des hommes blancs. Horreur ! Horreur ! Tels sont les derniers mots de ce cauchemar.

L’imaginaire des spectateurs est au cœur du théâtre. Ce n’est pas sur scène que les visions se forment mais dans la tête et dans le corps de chaque spectateur comme quand il lit un livre.

Les forêts profondes, les hippopotames, les peuplades inconnues, autant de visions lointaines qui ne sont pas représentées mais qui se dessinent en chacun de nous au moment d’écouter le récit.
Les têtes suspendues au bout des piques, les sorciers à cornes d’antilopes, les flèches qui percent leurs poitrines, des violences qui s’apparentent à celles des camps de concentration ou d’extermination et qui ne peuvent prêter à aucune forme de représentation. Mais elles se gravent en nous comme les visions profondes des cauchemars.
Il revient au comédien et au musicien de maintenir cette écoute et de nourrir cet imaginaire, à la manière des conteurs qui nous emportent par la force du verbe et des sonorités. Ne rien montrer mais faire entendre.

L’univers musical et scénographique vient soutenir l’écoute en nous ramenant aux sensations profondes du récit : l’immensité de la nature, la solitude des colons, le monde de la nuit et des grands rêves.

AU CŒUR DES TÉNÈBRES
de Joseph Conrad
mise en scène et interprétation Eram Sobhani

création et interprétation musicale Cédric Colin
création lumière Julien Kosellek

production : La nouvelle compagnie
coproductions : Studio Théâtre de Stains, Espace Ronny Coutteure — Ville de Grenay
soutiens : SPEDIDAM, Lilas en Scène, Lavoir Moderne Parisien, Artéphile, L’étoile du nord, L’École Auvray-Nauroy

Mots-clés :
Au cœur des ténèbres Joseph Conrad La nouvelle compagnie Eram Sobhani

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