Cinérencontre avec Benoit PERRAUD réalisateur du film "Souvent l'hiver se mutine".

Brest (Finistère) • Mercredi 1 avril, 20h00
Cinérencontre avec Benoit PERRAUD réalisateur du film "Souvent l'hiver se mutine".

Crédits : B.PERRAUD

Le film "Souvent l'hiver se mutine" est soutenu par l'Association des Cinémas de l'Ouest pour la Recherche (ACOR) ce qui nous permet d'accueillir à Brest son réalisateur Benoit PERRAUD pour un ciné-rencontre.

Film documentaire - sortie nationale en décembre 2025 - France - 1 H 14
Synopsis : Issu de longues recherches, Souvent l'hiver se mutine est un film d'archives né du désir du réalisateur de rencontrer le monde paysan du Poitou, celui de ses ancêtres. Il y a d'abord la saisissante beauté de ces images, l'attention admirable des filmeurs anonymes (des années 1930 jusqu'aux années 1970) aux matières, aux éléments, à la lumière; l'organisation générale du film les classe en domaines d'activités, du labourage au fauchage, de la dentellerie à la mytiliculture, des fêtes populaires aux jours d'école. Il y a aussi, dans le détail des séquences, le travail de sonorisation et de montage, grâce auxquels ce premier long métrage trouve sa pulsation véritable. Benoît Perraud choisit de superposer aux archives des enregistrements de chants populaires quelques bruitages parcimonieux,qui semblent toujours fondus à la musique, rythmiques avant d'être imitatifs.Résultat: la sonorisation n'induit ni un effet de réel, comme elle peut le faire chez Sergueï Loznitsa, ni une poétisation trop évidente, mais un effet de chorégraphie, que le montage soutient parfaitement. En une sorte de dorica castra visuelle, ce documentaire ethnographique passe d'un geste, d'un détail, d'une époque à l'autre par un jeu d'échos, de la dentelle au lierre et du lierre aux robes de quatre mariées.Toutes les activités humaines, cinéma. compris, paraissent être affaire de tissage, de mouvements emberlificotés, en équilibre entre l'ancrage 0es pas dans la boue) et la légèreté (les gigantesques filets tendus sur une plage). Ce sont eux qui font lentement advenir, une maille à l'endroit une maille à l'envers, un pays - dont la fin du film, à coup de citation conclusive et de chanson originale, énonce trop explicitement la fragilité.

Bande annonce : https://vimeo.com/1082173313?fl=pl&fe=vl

Des années 1930 aux années 1970 en Poitou-Saintongeais, des moments de la vie rurale ont été filmés par des caméras amateurs. La rencontre entre ces images d'archives et les chansons collectées aux sujets sociaux qui n'ont jamais rien d'anodin, le tout dans un montage critique à la stimulation incessante, offre une symphonie visuelle fascinante d'une histoire populaire méconnue.

Encore une enthousiasmante expérience de cinéma documentaire aufestival de La Rochelle reçu avec émotion et une intelligence collective par son public ! Présenté alors en première mondiale, Souvent l'hiver semutine (2025) de Benoit Perraud met à l'honneur la force d'expression narrative de la matière cinématographique dans un remarquable travail de montage opéré avec la complicité créative de Marie Bottais et l'implication du groupe Ma Petite (Perrine Vrignault, Maxime Barbeau, Maxime Dancre, Paul Weeger). Cette construction au présent du film, repose sur la résurrection à la fois des images argentiques de films amateurs et des bandes sonores issues de la volonté de collectage de la culture immatérielle initiée notamment dans les années 1970 par l'UPCPMétive. Il faut ajouter à cela le désir du cinéaste Benoit Perraud d'entrer dans un dialogue atemporel avec des générations enracinées à la réalité à la terre comme force vitale dans une France au début du XXe siècle dont la majorité de la société était encore rurale. Le film bénéficie d'une inspiration profonde issue de la puissance poétique du cinéma muet et le regard critique aussi bien féministe qu'écologique, avec une pincée de rafraîchissant anarchisme au coeur d'une histoire populaire de la ruralité qui reste encore à écrire avant de pouvoir occuper ne serait-ce que quelques paragraphes des manuels d'histoire. Souvent l'hiver se mutine met en scène des images passées inédites pour penser dans un montage critique l'évolution d'une construction sociale dont la contemporanéité est héritière. Ledit « devoir de mémoire » ne se construit pas ici sur les événements officiels de !'Histoire mais plutôt sur ces événements oubliés qui sont autant de rituels témoignant de chroniques explicites de vie. La tradition musicale des chansons populaires qui prennent des accents féministes et anarchistes sans se présenter officiellement comme des pamphlets politiques, associée aux images d'archives, viennent nourrir un dialogue infini d'une stimulante réflexion pour saisir en écho le monde actuel, La poésie visuelle de Souvent l'hiver se mutine est ainsi une salutaire expérience cinématographique qui nourrit la démarche inclusive d'inscription au monde contemporain dans une synergie narrative effervescente entre l'image et le son.

Benoît Perraud a réuni une splendide collection d'archives filmées de la vie à lacampagne et sur les bords de mer en Poitou-Charentes au xxe siècle. Par sonsavant travail de compilation, il nous fait entrevoir une partie de la richesse de ce qu'on nommait autrefois la France profonde. On connaît les écomusées et des collections d'art populaire. Pourquoi n'y en aurait-ilpas des équivalents cinématographiques? Cela fut la réflexion de Benoît Perraud lorsqu'il s'est attelé à un documentaire sur les gestes, les coutumes et les chants des paysans du passé, intitulé joliment Souvent l'hiver se mutine. li y collecte, façon found footage, toutes sortes d'archives sur la vie à la campagne en Poitou-Charentes entre 1930 et 1970.
De splendides prises de vues en noir et blanc et en couleur, où figurent les travaux. des champs, la vie dans les villages et en bord de mer, mis en regard avec - en guise de commentaire - des ritournelles populaires et des rengaines fatalistes, équivalents français du blues, liées à ces activités.
Ces pratiques et rituels considérés autrefois comme primaires ou dégradants, magnifiés par l'usure, le grain, et les scories de la pellicule (par opposition avec la vidéo numérique sans texture), paraissent à présent receler une richesse inouïe. On constate la grâce de l'apparat vestimentaire dans ces régions. Voir le soin et le raffinement apporté aux costumes de fête.
Souvent ornées de dentelles ouvragées, les tenues cousues main des paysannes n'ont rien à voir avec le prêt-à-porter contemporain. Certaines guipures campagnardes d'il y a cent ans sont dignes de la haute couture ou de la confection de luxe d'aujourd'hui.
Vincent Ostria
Tout devient féerique
Tout est à l'avenant dans ce panorama. Aux yeux du contemporain, des activités ou des lieux jadis dédaignés ou dévalorisés par les citadins obtus, deviennentimmédiatement pittoresques, c'est-à-dire dignes d'être peints. Par exemple les moulins classiques, dont on voit des exemples dans ce doc, qui sont à l'origine des bâtiments agro-industriels, de simples fabriques de farine. À présent, on ne peut que les assimiler à des oeuvres d'art.
Même principe pour toutes les manifestations de la campagne répertoriées dans Souvent l'hiver se mutine. Fêtes avec paysans endimanchés et femmes en coiffe, cérémonies religieuses, tout devient féerique lorsqu'il y a la nature à l'arrière-plan - comme une procession de mariage sur une route. Des gestes et des actions qui étaient autrefois banales, voire pénibles, deviennent des poèmes visuels, des épures graphiques.
Voir en bord de mer l'activité des hommes sur des barques installant des bouchots, pieux plantés dans l'eau (pour les moules). Cet aspect poétique est étayé par les airs traditionnels (et les musiques additionnelles du groupe Ma petite) avec leurs refrains énoncés par des voix aigrelettes, parfois en« parlanjhe », le patois poitevin.
Comme le dit une citation à la fin du film,« un peuple muet se lève pour chanter. Ce qu'il ne peut dire, il le chante» (phrase tirée d'Amours paysannes, ouvrage d'Isabelle Laurent et Michel Valière). Ainsi Benoît Perraud redonne la parole et rappelle l'existence de tout un monde de jadis éclipsé par les villes industrieuses, auxquelles il apportait la subsistance tout en étant en harmonie avec l'environnement.

Entrée au tarif habituel du cinéma (CNC centre national de la cinématographie)

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Mots-clés :
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