Science et eau - Partie 1/2

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) • Mardi 19 mai, 09h00
Science et eau - Partie 1/2

La station marine de Villefranche-sur-mer et ses histoires d’eau

CHRISTIANS Elisabeth - Directrice IMEV, Sorbonne Université
La rade de Villefranche sur Mer est disposée de manière à créer une nasse pour le plancton. Depuis plusieurs siècles, les scientifiques étudient la diversité de ces organismes emportés par le courant pour comprendre leur biologie, leur position dans l’évolution et dans les écosystèmes. Les scientifiques ont aussi exploré la profondeur de la rade de Villefranche en plongée usant de diverses formes d’instrumentation. Ces activités scientifiques se sont déroulées dans un contexte historique aux nombreux enjeux maritimes. De plus si les dessins scientifiques du plancton sont déjà des oeuvres remarquables, la richesse des eaux de la rade ont attiré des artistes qui sont venus interpréter leur vision du plancton. Cette communication se veut de contribuer à 4 axes : eau et biologie, mer et ressources, exploration des eaux et, arts et eau. Elle vient soutenir le projet de publier en totalité et augmenté de documents, l’histoire de la station zoologique de Villefranche sur Mer par G Trégouboff.

Les eaux stagnantes aux origines du monde et de la vie dans les mondes grecs (VIIIe-IVe siècle avant notre ère)

BARANGER Clément - Doctorant en Sciences de l’Antiquité, Université Toulouse 2 Jean-Jaurès, Laboratoire PLH, Ecole doctorale TESC
Des traditions mythologiques et poétiques aux réflexions des phusiologoi, « philosophes de la nature », les sources littéraires grecques témoignent d’une réflexion sur les origines du monde et de la vie dans laquelle l’eau trouve une place centrale. Si les qualités fécondantes et génératrices des eaux vives, en particulier des fleuves, ont de longue date été mises en avant par les spécialistes de l’Antiquité, la dunamis, « capacité d’action dans le monde, puissance agissante », des eaux stagnantes n’a que très peu retenu l’attention des historiens et historiennes. Des conceptions d’Anaximandre, pour qui le monde était à l’origine entouré d’une masse d’eau stagnante, aux idées aristotéliciennes sur la génération spontanée de la vie dans les mares et marécages, cette communication explorera les champs d’action de ces eaux dans les conceptions grecques sur le monde vivant et hydrique.

L'âge de l'eau

KLOPPMANN Wolfram - Directeur de recherche, BRGM, Comité Français d'Hydrogéologie (CFH) affilié à l'Association Internationale des Hydrogéologues (AIH)
L’eau est présente sur Terre depuis au moins quatre milliards d’années. Mais l’âge qui nous intéresse ici est le temps que l’eau passe sous terre. L’eau tombe en pluie ou en neige, s’infiltre dans le sol, alimente les nappes phréatiques, reste donc un certain temps dans les formations géologiques aquifères. Les grands bassins sédimentaires en comportent toute une succession, séparées par des couches peu perméables. Près de la surface l’eau est jeune et vulnérable à la pollution, son âge se comptant en années ou décennies. En profondeur, on entre étage après étage dans le domaine des eaux « fossiles », tombées en pluie lors des temps historiques ou protohistoriques, qui constituent de précieuses archives paléoclimatiques. Nous estimons cet « âge de l’eau » grâce à des horloges géochimiques constituées de radioéléments naturels à décroissance plus ou moins lente. Le krypton-81 ou encore le chlore-36 nous indiquent que des eaux de plus d’un million d’années stagneraient sous nos pieds.

Les polyvalences de l’eau dans les pratiques de la recherche expérimentale : l’Institut de biologie physico-chimique dans l’entre-deux-guerres

LAMBERT Guy - Maître de conférences, École nationale supérieure de Paris-Belleville, IPRAUS
FONTENEAU Virginie - Professeur Université Paris-Saclay, UR EST
Quelles sont les fonctions de l’eau dans les installations et les pratiques de la recherche expérimentale ? Examiner la question à travers le cas de l’Institut de biologie physico-chimique (IBPC) créé en 1923 avec le soutien de la Fondation Rothschild offre l’opportunité d’une analyse croisée dans les disciplines que ces lieux réunissent (chimie, physique t biologie). Les plans de l’édifice construit spécifiquement par l’architecte Germain Debré de 1927 à 1931 pour l’accueillir présentent plusieurs réseaux parallèles et distincts (eau de source, eau de rivière) dont il est instructif de saisir les usages – prévus ou réalisés – dans les différents départements. Dans les laboratoires, l’eau est fluide de nettoyage, force motrice, fluide de refroidissement, solvant… Se dessine la polyvalence d’un fluide indispensable mais méconnu que l’approche matérielle proposée ici vise à mettre en relief. Cette communication est liée à l’ANR Fondascience.

Premières études de l’eau de mer par François Péron

MARIN Martine- Présidente de l’Association Les Amis de Nicolas Baudin
Au début du XIX°, le Consulat envoie une expédition aux Terres Australes, commandée par Nicolas Baudin, exceptionnelle mission scientifique, pionnière dans l’étude de l’océan et des animaux qui le peuplent grâce à la persévérance d’un naturaliste, François Péron (1775-1810) qui s’oriente vite vers l’étude de la mer en relevant toutes les six heures la température de l’air et de l’eau. Au retour il présente ses résultats à l’Institut qui les publie. Il en reprend les détails dans le Voyage aux Terres Australes en 1807, en décrivant ses instruments, en particulier son thermomètre protégé qu’il a inventé pour mesurer la température des eaux profondes constamment froides. Il établit la position de l’équateur thermique, sépare les eaux tropicales chaudes des eaux soumises à la saisonnalité et analyse l’eGet du vent sur la mer. On peut le considérer comme un pionnier de l’océanographie.