Les Jeudis du CFLC
Présentation des formations proposées au CFLC
DUTOUR Olivier - Directeur d’Etudes EPHE-PSL - Président de la section Préhistoire et Préhistoire du CTHS, Société d’Anthropologie de Paris, Groupe des Paléopathologistes de Langue française
Au début de l’Holocène, le Sahara occidental a connu une importante phase humide transformant radicalement le désert du Pléistocène final. Cet « Âge vert du Sahara » a dessiné sur cinq millénaires un paysage de vastes étendues lacustres reliés au système hydrographique du delta intérieur du Niger, parsemant une savane arborée riche en faune. Les groupes mésolithiques, nomades ou semi-nomades, exploitèrent ces milieux, chassant grands herbivores (antilopes, buffles) et capturant poissons, tortues ou crocodiles. Les vestiges amassés en bordure des paléolacs — ou kjøkkenmöddings, amas constitués de restes de faunes, d’outillage lithique et d’instruments de pêche en os et intégrant également des sépultures — témoignent d’une adaptation de ces populations aux écosystèmes lacustres. L’étude de ces sites éclaire les dynamiques de peuplement et d’exploitation des ressources, abondantes à l’Holocène ancien puis se raréfiant progressivement à partir de 5000 BP avec le retour de la désertification du Sahara.
MARGUET Louis - Doctorant, Muséum National d'Histoire Naturelle, UMR 7194-HNHP Histoire Naturelle de l’Homme Préhistorique
La fin du Paléolithique correspond à un réchauffement marqué par une remontée rapide de l’océan passant de -130 à -50 m par rapport à l’actuel entre 18 et 10 ka cal BP. Ces transformations ont pour conséquence un ennoiement de ces paléo-littoraux et leurs traces d’activités. Contrairement à l’Holocène, les spécificités de ces milieux ne peuvent être interrogées directement pour le Tardiglaciaire. Ce travail cherche à aborder cette question indirectement, en pistant la diffusion de matériaux collectés sur ces milieux aujourd’hui submergés. L’absence de silex en position continentale et la disponibilité sur les estrans de galets arrachés aux craies du Crétacé supérieur de la Manche a eu pour effet une utilisation intense de ces ressources pour la confection de l’équipement lithique. C’est ainsi à travers l’étude pétroarchéologique de ces matériaux que nous tentons de mieux cerner la place de ces environnements dans les stratégies d’approvisionnement des communautés du Tardiglaciaire.
KEMPF Michael - Quaternary Geology, Department of Environmental Sciences, University of Basel, Bernoullistrasse 32, 4056 Basel, Switzerland et Department of Geography, University of Cambridge, UK MSH Mondes
Cette recherche interroge le rôle des réseaux fluviaux dans la circulation des matières premières siliceuses au Néolithique ancien en Europe nord-occidentale. L’approche repose sur une analyse de réseau multi-composante et sur un modèle de dépendance aux ressources, intégrant la perméabilité topographique du paysage par le biais d’analyses de Least Cost Path et de modèles complets destinés à estimer les coûts énergétiques des déplacements. Le contexte fluvial, marqué par des dynamiques hydrologiques variées, est envisagé comme une variable clé pour comprendre les itinéraires de circulation et les modes de diffusion des productions spécialisées en silex. Au-delà des simples contraintes environnementales, l’étude vise à éclairer l’articulation entre morphologie des vallées, choix sociaux et organisation des échanges, et propose un cadre de comparaison pour l’intégration de nouvelles données inédites sur la mobilité et la circulation des ressources lithiques au Néolithique ancien.
DELAERE Christophe - Ph.D, Collaborateur scientifique FNRS, Université libre de Bruxelles
La grotte de Han est l’une des cavités les plus emblématiques de Belgique. Depuis 1963, les fouilles ont révélé un patrimoine exceptionnel, s’étendant du Mésolithique aux Temps modernes. Deux éléments font la singularité du site : son exploitation touristique précoce, dès la fin du XVIIIe siècle, et la présence de la rivière souterraine Lesse. Ces facteurs ont engendré un biais : peu de vestiges dans les galeries sèches, mais une concentration d’objets remarquables dans le lit de la rivière. Paradoxalement, malgré la densité et la qualité des vestiges issus de la rivière, le site reste encore largement méconnu de la communauté scientifique au-delà des frontières belges. Dans ce contexte, cette communication présente une synthèse de quinze années de recherches, alliant fouilles stratigraphiques, étude taphonomique et inventaire du mobilier découvert depuis 1963. Les résultats permettent de mieux cerner, dans une vision d’ensemble, la nature et le caractère exceptionnel de l’occupation du site durant l’Holocène, ainsi que d’appréhender, à travers le temps, les transformations du paysage naturel de cet univers karstique semi-immergé.
DELHON Claire - Chargée de Recherche, CEPAM, Université Côte d'Azur/CNRS, GMPCA (Groupe des Méthodes Pluridisciplinaires Contribuant à l'Archéologie)
Au début du 6e millénaire av. n. è., les premières communautés agropastorales, venues de la péninsule italique, s’installent en Corse. Les données disponibles suggèrent une concentration des sites à proximité du littoral, mais cet environnement mérite d’être mieux caractérisé, la morphologie du rivage corse s’étant largement modifiée au cours de la 1ère moitié de l’Holocène, sous les effets de la transgression marine et des progradations fluviales. Des données géomorphologiques récentes signalent des implantations néolithiques à proximité de baies, lagunes, marécages, parfois désormais atterris ou gagnés par la mer. La présence d’eau douce ou saumâtre est confirmée par l’anthracologie qui montre une exploitation de végétations ligneuses ripicoles, alors que les données polliniques suggèrent une utilisation agricole des abords de ces zones humides. Cette communication tentera d’évaluer si ce phénomène constitue un trait caractéristique du 6e millénaire en Corse, et si la proximité d’eau saumâtre/douce ou l’accès à d’autres ressources associées à ces écosystèmes ont pu jouer un rôle déterminant dans l’implantation de ces communautés.
BRIGAND Robin - Ingénieur de recherche, Eaux intérieures, Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), UMR 5138 ArAr
Contrairement à certains gisements suisses ou jurassiens, les sites palafittiques savoyards sont immergés sous 1 à 4 m d’eau. Dès les années 1980, l’inventaire et l’expertise des sites de Savoie et de Haute-Savoie ont été menés sous la responsabilité du Cnras puis du Drassm. L’inscription en 2011 de neuf d’entre eux du Néolithique et de l’âge du Bronze sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco a marqué un tournant. Entre 2015 et 2018, un bilan documentaire et sanitaire a porté sur plus de la moitié des sites néolithiques identifiés (17) ; depuis 2018, plusieurs campagnes de topographie extensive et d’échantillonnage ciblé ont été conduites sur des stations du Néolithique final des lacs d’Annecy et d’Aiguebelette. Dans un contexte de changement climatique et de dégradation des vestiges peu profonds, les recherches présentées illustrent la dynamique amorcée dans les lacs alpins pour l’étude de ce patrimoine singulier encore peu exploré.
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En partenariat avec le CRR 93 Jack Ralite - Aubervilliers